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CORRESPONDANCE DE GEORGE SAND

suis pas riche maintenant, mais je me porte bien, et, quand de longues lettres de vous me parleront de votre amitié et de mon fils, je serai gaie.

Un mot cependant avant de vous dire bonsoir. Vous m’avez mal comprise si vous avez cru que ce serait par rapport aux convenances, à l’opinion, que j’ai refusé de vous accompagner à Nîmes. Les convenances sont la règle des gens sans âme et sans vertu. L’opinion est une prostituée qui se donne à ceux qui la payent le plus cher. Ce n’est pas non plus pour ne pas déplaire à mon mari. Je m’explique. Ce n’est pas à cause de l’humeur qu’il en aurait, et des reproches amers ou mordants qui m’en reviendraient. Vous remarquez fort bien que j’ai bravé cette humeur et supporté ces reproches en beaucoup d’autres occasions. J’ajouterai que je l’ai fait souvent pour des gens que j’aimais bien moins que vous. Mais c’est à cause de vous. C’est parce que je ne veux pas que vous deveniez un objet de méfiance et d’aversion qu’on chercherait à éloigner. Vous pensez rester plus de deux ans avec nous ? Je ne le sais pas, mon enfant ; mais je voudrais que ce fût pour toute la vie. Or vous témoigner une préférence marquée, une estime particulière, ce serait… Au reste, vous savez comme cela a réussi autrefois entre nous. Ils m’ont appris qu’il fallait cacher mes plus nobles affections, comme des sentiments coupables. Ne voulant pas les rompre, je saurai avoir à cause de vous, mon cher Jules, des ménagements que je dédaignerais s’il ne s’agissait que de moi.