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CORRESPONDANCE DE GEORGE SAND

êtes retrempés plus tard dans le programme de la Montagne, qui est votre meilleure action, votre seul ouvrage durable ; mais il était trop tard et trop tôt pour que cela produisît un bien immédiat, vous aviez déjà fait divorce à votre insu avec le sentiment populaire, que vous eussiez voulu féconder, et qui s’éteignait dans la méfiance, pour se jeter dans la passion ou se laisser tomber dans l’inertie. Vous avez pourtant fait pour le mieux, selon vos lumières et vos forces ; mais vous étiez poussés par les passions autant que par les principes, et vous avez commis tous plus ou moins, dans un sens ou dans l’autre, des fautes inévitables ; qu’elles vous soient mille fois pardonnées !

Je ne suis pas de ceux qui s’entr’égorgent dans les bras de la mort. Mais je dis que vous ne pouvez plus rien avec ces passions-là. Votre sagesse, par conséquent votre force, serait de les apaiser en vous-mêmes, pour attendre l’issue du drame qui se déroule aujourd’hui entre le principe de l’autorité personnelle et le principe de la liberté commune : cela mériterait d’être médité à un point de vue plus élevé que l’indignation contre les hommes. Les hommes ! faibles et aveugles instrumens de la logique des causes !

Il serait bon de comprendre et de voir, afin d’être meilleurs, pour être plus forts ; au lieu de cela, vous vous usez, vous vous affaiblissez à plaisir dans des émotions ardentes et dans des rêves de châtiment que la Providence, plus maternelle et plus forte que vous, ne mettra jamais, j’espère, entre vos mains.