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CORRESPONDANCE DE GEORGE SAND

l’exil, se flattaient encore de la victoire. Quand une nation a donné sa démission devant des questions d’honneur et d’humanité, que peuvent les partis ? Les individus disparaissent, ils sont moins que rien.

En tant que nation active et militante, la France a donc donné sa démission. Mais tout n’est pas perdu ; elle a gardé, elle a sauvé la conscience, l’appétit, si vous voulez, de son droit de législature. Elle veut s’initier à la vie politique à sa manière ; nous aurons beau fouetter l’attelage, il n’ira jamais que son pas.

À présent, écoutez, mon ami, écoutez encore, car ce que je vous dis, ce sont des faits, et la passion les nierait en vain. Ils sont clairs comme le soleil. Cinq à six millions de votants, représentant la volonté de la France en vertu du principe du suffrage universel (je dis cinq à six millions pour laisser un ou deux millions de voix aux éventualités de la corruption et de l’intimidation), cinq à six millions de voix ont décidé du sort de la France.

Eh bien, sur ce nombre considérable de citoyens, cinq cent mille, tout au plus, connaissent les écrits de Leroux, de Cabet, de Louis Blanc, de Vidal, de Proudhon, de Fourier, et de vingt autres plus ou moins socialistes dans le sens que vous signalez. Sur ces cinq cent mille citoyens, cent mille tout au plus ont lu attentivement et compris quelque peu ces divers systèmes ; aucun, j’en suis persuadée, n’a songé à en faire l’application à sa conduite politique. Croire que ce soient les écrits socialistes, la plupart, trop obscurs,