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CORRESPONDANCE DE GEORGE SAND

les grandes choses et qu’il les veut. Courage donc ! demain peut-être, tout ce pacte sublime juré par la multitude sera brisé dans la conscience des individus ; mais, aussitôt que la lutte essayera de reparaître, le peuple (c’est-à-dire tous) se lèvera et dira :

— Taisez-vous et marchons !

Ah ! que t’ai regretté hier ! Du haut de l’arc de l’Étoile le ciel, la ville, les horizons, la campagne verte, les dômes des grands édifices dans la pluie et dans le soleil, quel cadre pour la plus gigantesque scène humaine qui se soit jamais produite ! De la Bastille, de l’Observatoire à l’Arc de triomphe et au delà et en deçà hors de Paris, sur un espace de cinq lieues, quatre cent mille fusils pressés comme un mur qui marche, l’artillerie, toutes les armes de la ligne, de la mobile, de la banlieue, de la garde nationale, tous les costumes, toutes les pompes de l’armée, toutes les guenilles de la sainte canaille, et toute la population de tout âge et de tout sexe pour témoin, chantant, criant, applaudissant, se mêlant au cortège. C’était vraiment sublime. Lis les journaux, ils en valent la peine ; tu aurais été fou de voir cela ! Je l’ai vu pendant deux heures, et je n’en avais pas assez ; et, le soir, les illuminations, le défilé des troupes, la torche en main, une armée de feu, ah ! mon pauvre garçon, où étais-tu ? J’ai pensé à toi plus de cent fois par heure. Il faut que tu viennes au 5 mai, quand même on devrait brûler Nohant pendant ce temps-là.

Adieu ; je t’aime.