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CORRESPONDANCE DE GEORGE SAND


CCLXXVII

AU CITOYEN CAUSSIDIÈRE, PRÉFET DE POLICE


Nohant, 20 mai 1848.


Citoyen,

J’étais, le 15 mai, dans la rue de Bourgogne, mêlée à la foule, curieuse et inquiète comme tant d’autres, de l’issue d’une manifestation qui semblait n’avoir pour but qu’un vœu populaire en faveur de la Pologne. En passant devant un café, on me montra à la fenêtre du rez-de-chaussée une dame fort animée, qui recevait une sorte d’ovation de la part des passants et qui haranguait la manifestation. Les personnes qui se trouvaient à mes côtés m’assurèrent que cette dame était George Sand ; or je vous assure, citoyen, que ce n’était pas moi, et que je n’étais dans la foule qu’un témoin de plus du triste événement du 15 mai.

Puisque j’ai l’occasion de vous fournir un détail de cette étrange journée, je veux vous dire ce que j’ai vu.

La manifestation était considérable, je l’ai suivie pendant trois heures. C’était une manifestation pour la Pologne, rien de plus pour la grande majorité des citoyens qui l’avaient augmentée de leur concours durant le trajet, et pour tous ceux qui l’applaudissaient