Page:Sand - La Coupe, Lupo Liverani, Garnier, Le Contrebandier, La Rêverie à Paris, 1876.djvu/243

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En parlant ainsi, Sneyders remplit son verre jusqu’au bord et celui de doña Juana à demi ; mais elle le laissa sur la table et ne daigna point y mouiller ses lèvres pâles.

— Eh bien, Madame la gouvernante, dit-il, ne voulez-vous point me faire raison ? Refuserez-vous de boire avec moi à la santé de notre digne parent et collègue le gouverneur d’Anvers ? ce bon et fidèle protestant qui a jadis, dans nos vieilles guerres de Flandre, occis tant de papistes et d’idolâtres ! ce rude et austère magistrat qui rend si bien la justice sans assemblées délibératives et vous fait pendre le premier venu au-dessus des fossés de sa ville, sans qu’il y ait seulement un bourgeois qui en demande la raison, tant sont grands le crédit du gouverneur et la confiance qu’il inspire !

La pauvre Juana, muette de désespoir, écoutait d’un air morne cette gracieuse invitation ; elle n’ignorait pas les intentions de son mari, et l’accueil qui attendait le page à Anvers. Mais elle trouva dans sa fierté de femme et d’Andalouse