Page:Sand - Le Diable aux champs.djvu/235

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JEAN. — J’entends bien ; mais…

MAURICE, à Eugène. — Si tu ergotes avec lui, nous en aurons jusqu’à demain matin, et il faut que tout soit prêt cette nuit. Nous n’aurons pas trop de la journée de demain pour faire la pièce. Allons, allons, enfants, à l’ouvrage !

JEAN. — Je vas me coucher ; mais c’est égal, les maisons sont trop petites ou les arbres sont trop verts.

(Il sort.)

DAMIEN. — Ah çà ! quelle bêtise faisons-nous là ? Nous costumons les acteurs avant de savoir quels rôles ils joueront ?

EUGÈNE. — Tiens ! d’où sors-tu, toi, aujourd’hui ? La pièce se fera d’après les costumes ; c’est la nouvelle manière.

DAMIEN. — Je le veux bien. Qu’est-ce que c’est que ça ? une femme ou un homme ?

MAURICE. — À volonté ! C’est madame Rabourdin qui fait les duègnes, et, à l’occasion, les jeunes premiers.

DAMIEN. — Tiens, oui ! je reconnais son nez écrasé ! Quel monstre !

MAURICE. — Que veux-tu ? elle est aimée du public ; elle est grivoise ; mais nous avons du public superbe demain, et, en femme, la Rabourdin serait trop légère pour les oreilles de Jenny.

DAMIEN. — Et trop franche pour celles de la lionne de Noirac. Donc, on lui donne un rôle d’homme ?

EUGÈNE. — Oui, elle a de la décence dès qu’elle a de la barbe.

DAMIEN. — Un costume Louis XIII ? J’aime les costumes Louis XIII !

MAURICE. — Non, un costume moderne ; faisons une pièce d’actualité.

DAMIEN. — C’est bien scabreux ! Aujourd’hui, ce qui plaît à l’un choque l’autre, et je crois qu’il ne faut pas chercher ailleurs la difficulté de réussir au théâtre par le temps qui court.

MAURICE. — C’est vrai, ce qu’il dit là.