Page:Sand - Le Diable aux champs.djvu/237

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cela ? Alors, on s’est mis à faire des pièces pour les yeux, des phrases pour l’oreille, avec le moins de sens possible pour l’esprit, et on a bien fait, puisque sans cela le théâtre serait mort. Il en est résulté des pièces qui occupent, qui étonnent, qui amusent, un art tout nouveau, admirable de ressources, car quel tour de force ne faut-il pas faire pour louvoyer dans son sujet, de manière à ne le rendre blessant pour personne ! Mais quand on lit ces pièces-là au coin de son feu, qu’en reste-t-il, et quel bien vous font-elles ?

EUGÈNE. — Donc, la pièce que nous allons faire sera, quoi ?

MAURICE. — Oh ! ici, c’est bien différent ! nous avons un public homogène, des paysans, des domestiques on dos amis qui voient à peu près comme nous. Nous faisons de la bonne grosse morale avec des types éternellement comiques, comme ceux qui divertissaient nos pères. Nous copions, nous imitons le plus possible les antiques traditions, et nous les rafraîchissons ad libitum par la critique enjouée du présent.

DAMIEN. — Donc, nous ne sortirons pas demain de notre genre favori ? Toujours Pierrot, toujours Arlequin, Léandre Isabelle et Colombine ? Soit ! Ce sont des types acceptés, toujours vieux, toujours jeunes, et qui peuvent tout dire aujourd’hui comme il y a trois cents ans.

MAURICE. — C’est mon opinion. Aux voix !

DAMIEN. — Boule blanche pour ! Justement, je tiens la tête du docteur Baloardo !

EUGÈNE. — Boule blanche pour !… Je ne trouve pas de calembour pour le moment.

MAURICE. — Ce sera pour une autre fois. Donc, voilà Isa, belle avec son chaperon rose et ses rubans de toutes couleurs ; voilà un joli Crispin tout noir. Damien a fini le Docteur et le beau Léandre… Ah ! qu’as-tu fait ? Il fallait le costume souci et les rubans couleur de feu ! Tu lui as mis la casaque rayée du matamore !

EUGÈNE. — Et moi qui cherchais l’habit de Fracasse !