Page:Sand - Le Péché de Monsieur Antoine, Pauline, L’Orco, Calman-Lévy, 18xx, tome 1.djvu/147

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qu’il n’était pas fort tranquille lui-même. « Là, là, mon petit ami, lui disait-il en le flattant de la main, ne nous fâchons point. »

Mais ce n’était là que la conséquence de ses principes, qui lui défendaient, comme un crime de lèse-science, de maltraiter les chevaux. Peu à peu il apaisa sa monture sans la châtier, et, la faisant marcher dans sa grande cour nue et sablée comme un manège, il l’essaya dans toutes ses allures, et lui fit exécuter avec une facilité extraordinaire les divers mouvements et changements de pied qu’il aurait pu exiger d’un cheval dressé. Corbeau parut se soumettre sans efforts ; mais lorsque le marquis le rendit à Émile, ses naseaux enflammés et sa croupe luisante de sueur révélaient la mystérieuse contrainte que cette main ferme et ces longues jambes inflexibles lui avaient fait subir.

« Je ne le croyais pas si savant ! dit Émile en manière d’éloge au marquis.

— C’est un animal fort intelligent », répondit celui-ci avec modestie.

Lorsque Émile fut remonté à cheval, Corbeau se cabra et bondit avec fureur, comme pour se venger sur un cavalier moins expérimenté de l’ennuyeuse leçon qu’il avait prise.

« Voilà un mort singulier ! se disait Émile en descendant rapidement le chemin qui le ramenait auprès de Jean Jappeloup, et en pensant à ce marquis asthmatique, qui se troublait devant un enfant et domptait un cheval fougueux. Est-ce que cette face cadavérique et cette voix éteinte appartiendraient à un caractère de fer ? »

Il trouva le charpentier rempli d’impatience et d’inquiétude, et quand il lui eut rendu compte de la conférence : « C’est bien ; je vous remercie, et je vous confie mes intérêts, dit-il. Mais il faut aussi qu’on s’aide soi-