Page:Sand - Le Péché de Monsieur Antoine, Pauline, L’Orco, Calman-Lévy, 18xx, tome 1.djvu/207

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tout ce qui avait passé par les mains scrupuleuses de Janille ; mais elle avait été si souvent lavée et repassée que, de lilas, elle était devenue d’une teinte indéfinissable, comme celles que prennent les hortensias au moment de se flétrir.

Sa splendide chevelure blonde, rebelle aux torsades qu’on lui imposait, s’échappait de cette contrainte, et formait comme une auréole d’or autour de sa tête.

Une chemisette bien blanche et bien serrée encadrait son beau cou et laissait deviner le contour élégant de ses épaules. Émile la trouva resplendissante, aux rayons du soleil qui tombaient d’aplomb sur elle, sans qu’elle songeât à s’en préserver. Le hâle n’avait pu flétrir une si riche carnation, et elle paraissait d’autant plus fraîche que sa toilette était plus pâle et plus effacée.

D’ailleurs, l’imagination d’un amoureux de vingt ans est trop riche pour s’embarrasser d’un peu plus ou moins de parure. Cette petite robe fanée prit aux yeux d’Émile une teinte plus riche que toutes les étoffes de l’Orient, et il se demanda pourquoi les peintres de la renaissance n’avaient jamais su vêtir aussi magnifiquement leurs riantes madones et leurs saintes triomphantes.

Il resta cloué à sa place quelques instants, ne pouvant s’éloigner ; et, sans l’ardeur de son cheval qui rongeait le frein et frappait du pied, il eût complètement oublié que M. de Boisguilbault avait encore une heure à l’attendre.

Il avait fallu faire plusieurs détours pour arriver au bas de cette colline, et cependant la distance verticale n’était pas assez grande pour que les deux jeunes gens ne se vissent pas fort bien.

Gilberte reconnut l’irrésolution du cavalier, qui ne pouvait se résoudre à la perdre de vue ; elle rentra sous les buissons de roses pour s’y cacher ; mais elle le regarda encore longtemps à travers les branches.