Page:Sand - Le Péché de Monsieur Antoine, Pauline, L’Orco, Calman-Lévy, 18xx, tome 1.djvu/234

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avait dîné et promené quelque temps avec sa mère, venait chercher le charpentier, admirer avec lui ce joli monument et causer ensuite sur le sommet de la colline, de tout ce dont on ne parlait point dans la maison Cardonnet, c’est-à-dire de Châteaubrun, de M. Antoine, de Janille, et, finalement, de Gilberte.

Il y avait quelqu’un qui aimait Gilberte presque autant qu’Émile, quoique ce fût d’un tout autre amour : c’était Jean.

Il ne la considérait pas précisément comme sa fille, car il se mêlait à son sentiment paternel une sorte de respect pour une nature si choisie, et une manière de rude enthousiasme qu’il n’eût point eu pour ses propres enfants. Mais il était vain de sa beauté, de sa bonté, de sa raison et de son courage, comme un homme qui sait le prix de ces dons, et qui sent vivement l’honneur d’une noble amitié.

La familiarité avec laquelle il s’exprimait sur son compte, retranchant le titre de mademoiselle, selon son habitude d’appeler chacun par son nom, n’ôtait rien à la vénération instinctive qu’il avait pour elle, et les oreilles d’Émile n’en étaient point blessées quoique, pour son compte, il n’eût pas osé en faire autant.

Le jeune homme se plaisait à entendre raconter les jeux et les gentillesses de l’enfance de Gilberte, ses élans de bonté, ses attentions généreuses et délicates pour l’ami vagabond qui, sans asile, eût manqué de tout.

« Quand je courais par la montagne, tout dernièrement, disait Jappeloup, j’étais quelquefois serré de si près, que je n’osais sortir d’un trou de rocher ou du faîte d’un arbre bien branchu où je m’étais caché le matin.