Page:Sand - Le Péché de Monsieur Antoine, Pauline, L’Orco, Calman-Lévy, 18xx, tome 1.djvu/235

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« La faim se faisait sentir alors, et un soir que je n’en pouvais plus de faiblesse et de fatigue, je tournais la montagne, me disant avec souci qu’il y avait bien loin de là à Châteaubrun, et que, si j’étais rencontré en chemin par les gendarmes, je n’aurais pas la force de courir ; mais voilà que j’aperçois sur le chemin une petite charrette avec quelques bottes de paille, et, tout à côté, Gilberte qui me faisait signe.

« Elle était venue jusque-là avec Sylvain Charasson, me cherchant de tous côtés, et guettant comme une petite caille au coin d’un buisson. Alors je me suis couché et caché dans la paille ; Gilberte s’est assise auprès de moi, et Sylvain nous a ramenés à Châteaubrun, où j’ai fait mon entrée sous le nez des gendarmes qui m’épiaient à deux pas de là.

« Une autre fois nous étions convenus que Sylvain m’apporterait à manger dans le creux d’un vieux saule, à une lieue environ de Châteaubrun ; il faisait un mauvais temps, une pluie battante, et je me doutais que le drôle, qui aime ses aises, ferait semblant de m’oublier ou mangerait mon dîner en route.

« Cependant j’y passai à l’heure dite, et je trouvai le petit panier bien rempli et bien abrité. Et puis devinez ce que j’aperçus auprès du saule ?

« La trace d’un pied mignon sur le sable mouillé, et j’ai pu suivre ce pauvre petit pied sur le terrain d’alentour où il avait enfoncé plus d’une fois jusqu’au dessus de la cheville.

« Cette chère enfant s’était mouillée, crottée, fatiguée, ne voulant se fier qu’à elle-même du soin d’assister son vieux ami.

« Et puis encore un autre jour, elle vit les limiers qui marchaient droit sur une vieille ruine, où, me croyant bien en sûreté, je faisais tranquillement un somme en