Page:Sand - Le compagnon du tour de France, tome 1.djvu/185

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.


pas de goût pour les buveurs de sang. Avec cette populace déchaînée, nous serons débordés ; nous irons droit à l’anarchie, à la barbarie, à la terreur, à toutes les horreurs de 93.

Achille. — Eh bien ! allons-y, s’il le faut ; cela vaut mieux que l’obscurantisme des jésuites et le calme plat de la tyrannie. Marchons, agissons, n’importe comment, pourvu que nous nous sentions vivre, et que nous ayons quelque chose de grand à faire. N’était-ce pas un beau temps que celui de Robespierre ? Un jour de gloire, une mort illustre, un nom immortel, c’est de quoi donner la fièvre, rien que d’y songer.

L’avocat. — Il parle de tout cela en amateur ! Si vous êtes amoureux du martyre, pourquoi ne vous êtes-vous pas fait fusiller avec Caron ?

Achille. — Bah ! Caron, Berton ! des imbéciles, des fous ! des gens mécontents de leur position, qui se seraient tenus tranquilles si la cour eût satisfait leur ambition personnelle !

Le capitaine. — Dites des héros que vous avez calomniés et lâchement abandonnés ! Mille bombes ! si l’on avait voulu me croire dans ce temps-là, ils n’auraient pas péri sur l’échafaud. Voilà pourquoi votre Carbonarisme me fait mal au cœur. Je rougis d’en être à présent ! (Il prend son fusil et se dispose à sortir.)

Achille. — C’est toujours comme cela. Quand on a essuyé un revers, on s’en prend les uns aux autres, jusqu’à ce qu’une victoire revienne vous mettre d’accord. Connu ! connu !…

Le médecin, prenant son fusil pour s’en aller. — À vous dire vrai, je ne crois plus à vos victoires. Si les libéraux succombent en Espagne, bonsoir la compagnie. Il faudra bien chercher quelque chose de mieux que vo-