Page:Sand - Le compagnon du tour de France, tome 1.djvu/48

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gonflés par le sommeil. Il advint qu’un soir Pierre, absorbé par l’examen de la boiserie, et ayant tracé plusieurs figures à la craie sur un panneau noirci par le temps, oublia, dans ses calculs, l’heure avancée et la solitude qui s’était faite autour de lui. Son père s’était retiré depuis longtemps avec tous ses ouvriers, les portes du château étaient fermées, et les chiens de garde étaient lâchés dans les cours. Le vigilant économe, surpris de voir une lampe briller encore derrière le haut vitrage de l’atelier, vint, son trousseau de clefs dans une main et sa lanterne sourde dans l’autre, regarder à la porte avec précaution.

— C’est vous, maître Pierre ? s’écria-t-il lorsqu’il eut reconnu le jeune menuisier à travers les fentes ; n’avez-vous pas assez travaillé pour un jour ?

Pierre lui ayant répondu qu’il avait encore de l’ouvrage pour une heure, M. Lerebours lui remit la clef d’une des portes du parc, lui recommanda de bien éteindre sa lumière et de bien refermer les portes en s’en allant, puis lui souhaita bon courage et alla se livrer aux douceurs du repos.

Pierre travailla encore deux heures, et, lorsqu’il eut résolu le problème qui l’embarrassait, il se décida à aller dormir ; mais il entendit sonner deux heures à l’horloge du château. Pierre craignit que sa sortie à une pareille heure ne fût remarquée dans le village et ne donnât lieu à des commentaires. Il fuyait la réputation de bizarrerie que son amour pour l’étude n’eût pas manqué de lui attirer. D’ailleurs ses apprentis devaient bientôt arriver, et, s’il allait se coucher, il ne pourrait se réveiller avec assez d’exactitude pour les recevoir et les mettre à l’ouvrage. Il se décida à s’étendre sur un monceau de ces menus copeaux et de ces rubans de bois que les menuisiers enlèvent de leurs planches en rabotant. Ce fut un lit assez doux pour ses membres robustes. Sa veste lui servit d’o-