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PROCOPE LE GRAND.

gèrent en diverses bandes dont chacune prit un nom particulier, collecteurs, petits chapeaux, petits cousins, troupes de loups, petits hommes chaussés, etc. Un renfort de Hussites de Moravie vint les rejoindre après avoir enlevé la ville épiscopale de Jean de Fer et ravagé sa province. Ces bandes terribles réunies formaient une année de vingt mille chevaux, et de trente mille hommes de pied, avec trois mille chariots attelés de six, de huit, et même de quatorze chevaux. Ils étaient commandés par Procope le Rasé, Guillaume de Kostka[1] et Jean Zmrzlik. Ils firent une nouvelle irruption sur la Misnie, et retournèrent jusqu’au delà de Dresde. À Grimme et à Coldilz près de Leipsick, ils battirent l’électeur de Brandebourg et repoussèrent une armée de confédérés, commandée par plusieurs princes et prélats qui venaient au secours de leur voisin. Mais la division était parmi ces seigneurs ; l’empire germanique était en pleine dissolution, et la race allemande ne pouvait lutter contre les Bohémiens.

L’ivresse fanatique des Hussites augmentait avec leurs victoires. Ils prirent Altenbourg, ville impériale de la Misnie, et y exercèrent d’effrayantes représailles des bûchers de Jean et de Jérôme. La ville entière, avec la noblesse et les moines, fut à son tour un vaste bûcher. Parmi les vaincus, il y avait un bouffon qui s’écria : « Nous avons cuit l’oie, mais les Bohémiens nous donnent la sauce. » Allusion au nom de Huss, qui signifie oie[2].

Dans le Voigtland, après avoir brûlé quatre villes, ils assiégèrent Plaven et la traitèrent comme Altenbourg. Enfin, après avoir ravagé la Saxe et le duché de Cobourg,

  1. Qui fut député au concile de Bâle, et dont Ænéas Sylvius dit « qu’il était moins célèbre par sa noblesse que par le pillage des églises. » Il fut accusé plus tard d’avoir abandonné et même assassiné Procope dans la bataille où celui-ci périt.
  2. C’était un nom tiré de celui de son village natal, Hussinciz.