Page:Sand - Narcisse, 1884.djvu/38

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sais rien. On dit qu’il y en a deux qui ne sont pas trop vieilles : mais Jeannette, qui est entrée chez elles plusieurs fois, dit qu’elles sont toutes laides ou contrefaites.

— Et mademoiselle d’Estorade, comment est-elle ?

— Ni jeune ni belle, probablement. Il y a bien quatre ans que je ne l’ai aperçue. On dit qu’elle en paraît cinquante à l’heure qu’il est, et qu’elle est de plus en plus mal tournée.

— Elle était donc bossue, elle aussi ?

— Non. Mais, à force de prier et de se prosterner !… Et puis, ces dévotes, c’est si mal tenu… Il est vrai qu’elles le font exprès, pour qu’on oublie que ce sont des femmes !

— N’ont-elles pas, dans ce couvent, quelque jeune élève jolie ?

— Non ! Il n’y a là que des enfants. Mais, après tout, qu’est-ce que ça nous fait, que M. Albany ait une intrigue par là ? Ça ne durera pas longtemps ; c’est le roi des mauvais sujets, un beau garçon, j’en conviens, et qui aurait eu du succès à Paris, s’il n’eût pas manqué de tête et de conduite. Dans des occasions, je l’ai vu ne pas manquer de cœur. Mais ça a déjà trop roulé, ça s’est perdu, et ça ne fera jamais que rouler.

— Peu m’importe que ce monsieur roule ailleurs que dans notre jardin ; mais, s’il s’en empare pour ses rendez-vous d’amour…