Page:Sand - Theatre complet 4.djvu/70

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DUBUISSON.

Ma mie Louison, il n’y a de ridicule que de vouloir faire oublier son origine. Ma fierté, à moi, c’est de rappeler à tous ces beaux messieurs que j’ai été berger, maquignon… aubergiste… à l’enseigne du Buisson fleuri. (Madame Dubuisson fait un mouvement d’impatience.) Oui, Oui, et tout ça sous leur nez !… que j’ai saigné leurs bœufs, troqué leurs chevaux et tondu leurs laines… avec des ciseaux qui coupaient plus ras que les leurs. Ça les fait rire ?… Ah bien, oui ! d’un rire bien jaune, va !… Ils ont plus mangé que semé, les uns comme les autres ; et moi, j’ai semé et récolté, ah ! oui-da !…


MADAME DUBUISSON.

Allons, c’est bon, c’est ton plaisir de les écraser ! C’est raison de plus pour marier la fille au petit comte de Trégenec : tu ne trouveras jamais mieux !


DUBUISSON.

Si son père lui donnait quelque chose… mais puisqu’il ne donnera rien !…


MADAME DUBUISSON.

Eh bien, tant mieux : moins il lui donnera, plus il lui laissera…


DUBUISSON.

Mais, en attendant, le jeune homme nous fera de la dépense. Il paraît qu’il l’aime bien, la dépense ! j’en sais quelque chose.


MADAME DUBUISSON.

Toi ?


DUBUISSON.

La maison Bargat et Pacaud en sait quelque chose aussi…


MADAME DUBUISSON.

Comment ça ?


DUBUISSON.

Je m’entends ! Je te dis seulement qu’il aime la dépense…


MADAME DUBUISSON.

Bah ! c’est un goût qui passe avec les années…