Page:Saussure - Cours de linguistique générale, éd. Bally et Sechehaye, 1971.djvu/301

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ment, si la comparaison est morphologique, je dois l’éclairer par le secours de la phonétique : le latin meliōrem peut être comparé au grec hēdíō parce que phonétiquement l’un remonte à *meliosem, *meliosm et l’autre à *hādioa *hādiosa, *hādiosm.

La comparaison linguistique n’est donc pas une opération mécanique ; elle implique le rapprochement de toutes les données propres à fournir une explication. Mais elle devra toujours aboutir à une conjecture tenant dans une formule quelconque, et visant à rétablir quelque chose d’antérieur ; toujours la comparaison reviendra à une reconstruction de formes.

Mais la vue sur le passé vise-t-elle la reconstruction des formes complètes et concrètes de l’état antérieur ? Se borne-t-elle au contraire à des affirmations abstraites, partielles, portant sur les parties des mots, comme par exemple à cette constatation que le f latin dans fūmus correspond à un italique commun þ, ou que le premier élément du grec állo, latin aliud, était déjà en indo-européen un a ? Elle peut fort bien limiter sa tâche à ce second ordre de recherches ; on peut même dire que sa méthode analytique n’a pas d’autre but que ces constatations partielles. Seulement, de la somme de ces faits isolés, on peut tirer des conclusions plus générales : par exemple une série de faits analogues à celui du latin fūmus permet de poser avec certitude que þ figurait dans le système phonologique de l’italique commun ; de même, si l’on peut affirmer que l’indo-européen montre dans la flexion dite pronominale une terminaison de neutre singulier -d, différente de celle des adjectifs -m, c’est là un fait morphologique général déduit d’un ensemble de constatations isolées (cf. latin istud, aliud contre bonum, grec = *tod, állo = *allod contre kalón, angl. that, etc.). On peut aller plus loin : ces divers faits une fois reconstitués, on procède à la synthèse de tous ceux qui concernent une forme totale, pour