Page:Saussure - Cours de linguistique générale, éd. Bally et Sechehaye, 1971.djvu/300

La bibliothèque libre.
Aller à : navigation, rechercher
Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.


Chapitre III

Les reconstructions

§ 1.

Leur nature et leur but.

Si le seul moyen de reconstruire est de comparer, réciproquement la comparaison n’a pas d’autre but que d’être une reconstruction. Sous peine d’être stériles, les correspondances constatées entre plusieurs formes doivent être placées dans la perspective du temps et aboutir au rétablissement d’une forme unique ; nous avons insisté à plusieurs reprises sur ce point (p. 16 sv., 272). Ainsi pour expliquer le latin medius en face du grec mésos, il a fallu, sans remonter jusqu’à l’indo-européen, poser un terme plus ancien *methyos susceptible d’être relié historiquement à medius et à mésos. Si au lieu de comparer deux mots de langues différentes, on confronte deux formes prises dans une seule, la même constatation s’impose : ainsi en latin gerō et gestus font remonter à un radical *ges- jadis commun aux deux formes.

Remarquons en passant que la comparaison portant sur des changements phonétiques doit s’aider constamment de considérations morphologiques. Dans l’examen de latin patior et passus, je fais intervenir factus, dictus, etc., parce que passus est une formation de même nature ; c’est en me fondant sur le rapport morphologique entre faciō et factus, dīcō et dictus, etc., que je peux établir le même rapport à une époque antérieure entre patior et *pat-tus. Réciproque-