Page:Saussure - Cours de linguistique générale, éd. Bally et Sechehaye, 1971.djvu/307

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communauté de langue qui constitue, dans une certaine mesure, l’unité ethnique. En général celle-ci suffit toujours pour expliquer la communauté linguistique. Par exemple, au début du moyen âge il y a eu un ethnisme roman reliant, sans lien politique, des peuples d’origines très diverses. Réciproquement, sur la question de l’unité ethnique, c’est avant tout la langue qu’il faut interroger ; son témoignage prime tous les autres. En voici un exemple : dans l’Italie ancienne, on trouve les Étrusques à côté des Latins ; si l’on cherche ce qu’ils ont de commun, dans l’espoir de les ramener à une même origine, on peut faire appel à tout ce que ces deux peuples ont laissé : monuments, rites religieux, institutions politiques, etc. ; mais on n’arrivera jamais à la certitude que donne immédiatement la langue : quatre lignes d’étrusque suffisent pour nous montrer que le peuple qui le parlait était absolument distinct du groupe ehtnique qui parlait latin.

Ainsi, sous ce rapport et dans les limites indiquées, la langue est un document historique ; par exemple le fait que les langues indo-européennes forment une famille nous fait conclure à un ethnisme primitif, dont toutes les nations parlant aujourd’hui ces langues sont, par filiation sociale, les héritières plus ou moins directes.

§ 3.

Paléontologie linguistique.

Mais si la communauté de langue permet d’affirmer la communauté sociale, la langue nous fait-elle connaître la nature de cet ethnisme commun ?

Pendant longtemps on a cru que les langues sont une source inépuisable de documents sur les peuples qui les parlent et sur leur préhistoire. Adolphe Pictet, un des pionniers du celtisme, est surtout connu par son livre Les Origines indo-européennes (1859-63). Cet ouvrage a servi de modèle à beaucoup d’autres ; il est demeuré le plus