Page:Saussure - Cours de linguistique générale, éd. Bally et Sechehaye, 1971.djvu/82

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tendons pas résoudre par là toutes les difficultés que soulève la division de la chaîne parlée en syllabes, mais poser seulement une base rationnelle pour l’étude de ce problème.

Encore une remarque. Il ne faut pas confondre les mouvements fermants et ouvrants que nécessite l’émission des sons avec les diverses apertures de ces sons eux-mêmes. N’importe quel phonème peut être aussi bien implosif qu’explosif ; mais il est vrai que l’aperture influe sur l’implosion et l’explosion, en ce sens que la distinction des deux mouvements devient d’autant moins nette que l’aperture du son est plus grande. Ainsi avec i u ü, on perçoit encore très bien la différence ; dans ai˃i˂a, il est possible de saisir un i fermant et un i ouvrant ; de même dans au˃u˂a, aü˃ü˂a on distingue nettement le son implosif du son explosif qui suit, à tel point que, contrairement à son habitude, l’écriture marque parfois cette distinction ; le w anglais, le j allemand et souvent le y français (dans yeux, etc.) représentent des sons ouvrants (, ) par opposition à u et i qui sont employés pour et . Mais à un degré d’aperture plus élevé (e et o), l’implosion et l’explosion, théoriquement concevables (cf. ae˃e˂a, ao˃o˂a), sont très malaisées à distinguer en pratique. Enfin, comme on l’a vu plus haut, au degré le plus élevé, a ne présente plus ni implosion ni explosion, car pour ce phonème l’aperture efface toute différence de ce genre.

Il faut donc dédoubler le tableau des phonèmes sauf pour a, et établir comme suit la liste des unités irréductibles :

p˃ p˂, etc.
f˃ f˂, etc.
m˃ m˂, etc.
r˃ r˂, etc.
i˃ y˂, etc.
e˃ e˂, etc.
a.