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LE GOUNA. 117

Les racines se présentent à nous sous deux formes principales: la forme pleine et la forme affaiblie. A son tour la forme pleine comporte deux états différents, celui où l'a radical est a^ et celui où il est a^. C'est ce dernier état de la racine qu'il reste à envisager; c'est celui qu'on peut appeler, pour les raisons exposées plus loin, l'état normal de la racine.

Voici d'abord les motifs que nous avions de dire, au com- mencement de ce travail, qu'une racine contenant i ou u ne possède sa forme pleine et inaltérée que lorsqu'elle montre la diphtongue. Cette idée a été émise déjà à plusieurs reprises ^ Ceux de qui elle émanait ont paru dire parfois que c'est après tout affaire de con- vention de partir de la forme forte ou de la forme faible. On reconnaîtra, je crois, l'inexactitude de cette opinion en pesant les trois faits suivants.

1. Dès qu'on admet l'existence de liquides et de nasales so- nantes indo-européennes, on voit aussi le parallélisme de i, m, avec r, n, m. Mais ceci, dira-t-on, ne prouve rien ; je puis admettre avec les grammairiens hindous que ar est gouna de r, et sembla- blement an, am, gouna de »î, rp,. En effet; aussi ce n'est point là- dessus que nous nous fondons, mais bien sur les racines terminées par une consonne (par opposition à sonante). Pour pouvoir parler d'une racine Ihudh il faudrait dire aussi qu'il y a une racine pt. Car partout où hhudh apparaîtra, on verra aussi apparaître pt, à condition seulement que la forme se puisse prononcer: hu-budh-ûs, pa-pt-ûs; è-TTud-ômiv, è-7TT-ô|Lir|V. Sitôt qu'on trouve bhaudh, on trouve aussi pat: bôdhati, TreûôeTai; pâtati, TréTeiai. Dira-t-on que at est gouna de f?

2. Si, pour la production de la diphtongue, il était besoin d'une opération préalable de renforcement, on concevrait difficile-

1. Sans poser de règle absolue, M. Léo Meyer dans sa Grammaire Comparée (I 341, 343) fait expressément ses réserves sur la véritable forme des racines finissant par i et u, disant qu'il est plus rationnel de poser pour racine srav (jue sru. Dans un article du Journal de Kuhn cité précédemment (XXI 343) il s'exprime dans le même sens. On sait que M. AscoU admet une double série, l'une ascendante (i ai, u au), l'autre descendante {ait, au u); cela est en relation avec d'autres théories de l'auteur. M. Paul, dans une note de son travail sur les voyelles des syllabes de flexion (Beitr. IV 439), dit, en ayant plus particu- lièrement en vue les phénomènes du sanskrit : «lorsqu'on trouve parallèlement i, u (y, v) et ê, ô (ai, ay, ây; du, av, âv), la voyelle simple peut souvent ou peut- être toujours être considérée comme un aflaiblissement avec autant de raison qu'on en a eu jusqu'ici de regarder la diphtongue comme un renforcement».

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