Page:Sauvage - Tandis que la terre tourne, 1910.djvu/34

La bibliothèque libre.
Aller à la navigation Aller à la recherche
Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.
34
tandis que la terre tourne

Est assise et des dents manquent à la mâchoire.
Là, chaque soir, songeant au néant de son corps,
La vierge vient meurtrir ses petits seins timides
Pour étouffer son cœur et la tentation
Et sur sa chair d’enfant produire en vain des rides ;
Car dans la nuit, souvent, dressé comme un lion,
Le désir de la vie irrésistible grince,
Sa fleur de sang éclate à l’appel du printemps
Et des galops fougueux que sa voix faible évince
L’incitent à céder, venus du fond des temps.
Ses jours se faneront, sa chair étiolée
Sera comme une fleur prise dans un missel.
Sa forme ira dormir, aux cendres ravalée,
Laide d’avoir vécu pour l’épine et le sel.
Les colombes en bas roucoulent, monotones,
Un air d’éternité immuable et fatal.
Un vain soleil tiédit sur l’ennui des automnes,
Le devoir est la mort, le plaisir est le mal.
L’éternité sourit de la minute humaine,
Un champ de croix s’arrête à l’horizon voilé ;
Rien n’est vrai que le deuil où l’âme se surmène
Et que le jet gothique au zénith envolé.