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son acception la plus stricte, la balance du commerce est le résultat de la comparaison qu’établit un pays entre ses exportations et ses importations. « Le tableau de la balance du commerce, dit Necker, est la représentation des échanges d’une nation avec les autres nations ; cette balance paraît favorable lorsque la somme de ses exportations est plus considérable que celle de ses importations elle lui annonce une perte, lorsqu’au contraire il a plus acheté que vendu 1 ». Cette théorie, sur laquelle est assis ]e système mercantile si longtemps en faveur, repose, comme on le voit, sur deux suppositions la première, c’est que la différence trouvée par la douane entre l’entrée et la sortie des marchandises doit nécessairement se payer en numéraire la seconde, c’est que le solde en numéraire est un profit net pour le pays qui le reçoit et une perte pour celui qui le paye. D’où il résulte qu’un pays devrait inévitablement se ruiner en recevant constamment des pays étrangers plus de denrées ou marchandises de tout genre qu’il ne leur en livre.

2. Fausseté du système mercantile. Les évaluations de la douane ; causes d’erreurs.

Or, l’expérience a prouvé la fausseté de cette théorie. J.-B. Say le premier l’a démontré scientifiquement. « Les produits, a-t-il dit, se payent en produits » et, après avoir posé ce principe, il ajoute « Plus le commerce qu’on fait avec l’étranger est lucratif, plus la somme des importations doit excéder celle des exportations ». Bastiat développe la même idée. « La vérité, écrit-il, est qu’il faudrait-prendre la balance du commerce au rebours et calculer le profit national dans le commerce extérieur par l’excédent des importations et des exportations ».

Voyons maintenant sur quelles données s’appuie l’école économique.

Il convient d’abord de remarquer qu’il y a toujours beaucoup d’arbitraire dans les évaluations par lesquelles on arrive à conclure qu’il est sorti d’un pays, sous forme de marchandises ou denrées, plus de valeurs qu’il n’en est entré. L’élément principal d’appréciation est le tableau dressé par l’administration des douanes à l’entrée et à la sortie du territoire. Or, quelque soin qu’apporte l’administration à ce travail, les résultats ne sauraient être que très approximativement exacts. D’une part, les déclarations sur lesquelles reposent les évaluations douanières 1. De l’administration des finances de la France, t. Il, p. 198.

BALANCE DU COMMERCE 114 BALANCE DU COMMERCE 1 Définition sont généralement, on pourrait dire toujours,

1. Définition.

sont généralement, onpourrait dire toujours, suspectes, puisqu’elles sont faitespar desparties ayant souvent intérêt à dissimuler la valeur réelle de leurs expéditions. D’autre part, elles sont influencées par une foule de circonstances dont la douane ne peut tenir aucun compte, telles par exemple que les naufrages, qui ensevelissent dans les mers une partie des marchandises exportées, et les mauvaises opérations de nos négociants ou armateurs, à la suite desquelles une autre partie des exportations est vendue au-dessous de la valeur déclarée à la sortie. Bastiat cite à l’appui de ces faits un exemple saisissant 1 » M. T. expédia du Havre un navire chargé de 200 000 francs de produits de notre travail national. Mais le malheureux bâtiment sombra à l’entrée du port et il ne resta à faire à M. T. que d’inscrire sur ses livres deux petits articles ainsi formulés « Marchandises diverses doivent à X. 200000 francs pour achat de différents objets expédiés par le navire N. Profits et pertes doivent à marchandises diverses fr. 200000 pour perte définitive et totale de la cargaison ». Pendant ce temps-là, la douane inscrivait de son côté fr. 200 000 sur son tableau d’exportation, et comme elle n’aura jamais rien à faire figurer en regard sur son tableau d’importation, il s’ensuit que les partisans de la balance du commerce verront dans ce naufrage un profit clair et net de 200,000 francs pour la France. Il y a encore cette conséquence à tirer de là, c’est que, selon la théorie de la balance du commerce, la France a un moyen tout simple de doubler à chaque instant ses capitaux. Il suffit pour cela qu’après les avoir fait passer par la douane, elle les jette à la mer ».

Mais ce n’est pas tout. D’ordinaire, les marchandises exportées sont évaluées parla douane au moment du départ, au port d’expédition, c’est-à-dire quand elles n’ont encore supporté que de très faibles frais de maniement et de transport. Les marchandises importées sont, au contraire, évaluées au port d’arrivée et de destination, c’est-à-dire quand elles sont déjà grevées de tous les frais qu’entraîne un long voyage, tels que frais de courtage et d’assurances. Il résulte de là que fort souvent, en calculantles résultats de telle opération donnée et en supposant d’ailleurs les évaluations parfaitement exactes, on trouverait entre les chiffres comparés de l’exportation et de l’importation une différence sensible, qu’on supposerait devoir être soldée en numéraire, tandis qu’en réalité tout serait réduit à un simple échange de marchandises. 1. Sophismes économiques, 1re série.


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