Page:Schlick - Gesammelte Aufsätze (1926 - 1936), 1938.djvu/426

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Ce que l’homme fait par peur produit presque toujours un effet ridicule. Ce n’est donc pas étonnant si telle anti-métaphysicien propose par exemple, le plus sérieusement du monde, d’établir un Index verborum prohibitorum, où il faudrait mettre tous les mots qui se trouvent le plus souvent au centre des discussions métaphysiques, par exemple „monde“, „âme“, „être“, etc., et le mot „philosophie“ lui-même, dont nous avons déjà parlé. C’est vraiment une drôle d’idée que de vouloir conduire les hommes à la vérité en leur faisant peur de certains mots. Il est vrai que les philosophes mésusent de maints mots ; mais la pensée ne se rend pas libre quand elle les évite anxieusement, mais seulement en les détachant de leur contexte traditionnel, en apprenant à les employer sans préjugé. En défendant certaines expressions et en récommandant d’autres, on crée des préjugés, on ne les supprime pas. La pensée s’enchaîne au mot, au lieu de rester indépendante des contingences verbales. Il s’agit uniquement de fixer clairement la signification des mots ; c’est une erreur que de croire que la défense de certaines expressions soit le premier pas vers une telle détermination. Au contraire, cela induirait à croire que les expressions non-défendues ont déjà une signification déterminée : ce qui est très dangereux.

On ne peut jamais dire d’une phrase ou d’un mot isolés qu’ils sont „métaphysiques“. Car un mot n’est tout d’abord rien qu’un signe, une phrase rien qu’une suite de signes (sons, lettres, etc.); et seule importe la façon dont on les emploie : la même suite de mots peut être employée et d’une manière empirique et d’une manière métaphysique. Avant de blâmer une expression il faut regarder de près quel emploi son auteur a prévu pour elle. L’emploi seul peut être métaphysique.

Mais quand l’est-il ? Que signifie l’adjectif „métaphysique“ ? Une phrase est vide de sens quand elle n’exprime rien. Pour déterminer le sens d’une proposition il faut indiquer les circonstances dans lesquelles on dira que la proposition est vraie, ou les circonstances qui la rendraient fausse. C’est une grave erreur que de croire qu’une phrase exprime quelque chose si elle ne consiste qu’en mots bien connus et agencés suivant les règles de la grammaire linguistique. Cette erreur est la source de quantité de propositions absurdes ; mais, pour engendrer l’absurdité spéciale qui est caractéristique des „phrases métaphysiques“, il faut commettre une seconde erreur : il faut confondre les problèmes de sens avec les problèmes de fait.