Page:Schopenhauer - Éthique, Droit et Politique, 1909, trad. Dietrich.djvu/114

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En souvenir d’Abraham, qui vivait en étranger à Chanaan, mais devint peu à peu, conformément aux promesses de son Dieu, maître de tout le pays (Moïse, livre I, chap. XVII, § 8), il voudrait bien aussi prendre solidement pied quelque part et pousser des racines, pour posséder de nouveau un pays, faute duquel un peuple est une balle lancée en l’air. Jusque là il vit en parasite aux dépens des autres peuples et sur leur sol, mais n’en est pas moins possédé du plus ardent patriotisme pour sa propre nation. Il le révèle par l’union la plus étroite et la plus solide, en vertu de laquelle tous sont pour un et un est pour tous ; de sorte que ce patriotisme sans patrie exerce une action plus enthousiaste qu’aucunn autre. La patrie du juif, ce sont les autres juifs ; aussi combat-il pour eux, comme pro ard et focis, et nulle communauté sur la terre n’est aussi étroitement unie que celle-ci. Il ressort de là combien il est absurde de vouloir leur attribuer une part dans le gouvernement ou dans l’administration de n’importe quel État. Leur religion, fondue dès l’origine dans leur État, et formant un tout avec lui, n’est nullement le