Page:Schopenhauer - Éthique, Droit et Politique, 1909, trad. Dietrich.djvu/150

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intellect : une volonté modérée a besoin d’un intellect modéré. En général, une disproportion entre la volonté et l’intellect, c’est-à-dire chaque écart de la proportion normale indiquée, tend à rendre l’homme malheureux ; et le même fait se produit, si la disproportion est renversée. Ainsi le développement anormal et trop puissant de l’intellect, et sa prédominance tout à fait disproportionnée sur la volonté, qui constituent l’essence du génie, ne sont pas seulement superflus pour les besoins et les fins de la vie, mais leur sont directement préjudiciables. Cela signifie que, dans la jeunesse, l’excessive énergie avec laquelle on conçoit le monde objectif, accompagnée par une vive fantaisie et dépourvue d’expérience, rend la tête accessible aux idées exagérées et même aux chimères ; d’où résulte un caractère excentrique, et même fantasque. Et si, plus tard, après les leçons de l’expérience, cet état d’esprit a disparu, le génie, dans le monde ordinaire et dans la vie bourgeoise, ne se sentira néanmoins jamais aussi complètement chez lui, ne prendra jamais aussi nettement position et ne cheminera aussi à l’aise, que la tête normale ; il commettra même plutôt souvent d’étranges méprises. Car l’homme ordinaire se sent si parfaitement chez lui dans le cercle étroit de ses idées et de ses vues, que personne ne peut y avoir prise sur lui, et sa connaissance reste toujours fidèle à son but originel, qui est de servir la volonté ; cette connaissance s’applique donc constamment à ce but, sans jamais extravaguer. Le génie, au contraire, ainsi que je l’ai démontré autre part, est au fond un’’monstrum per excessum’’; juste comme, à rebours, l’homme passionné et violent, dépourvu d’intelligence, le