Page:Schopenhauer - Éthique, Droit et Politique, 1909, trad. Dietrich.djvu/152

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parce que nous goûtons une satisfaction à voir devant nous notre propre être si simplifié.

Il y a seulement une créature menteuse : l’homme. Chaque autre créature est vraie et sincère, car elle se montre telle qu’elle est et se manifeste comme elle se sent. Une expression emblématique ou allégorique de cette différence fondamentale, c’est que tous les animaux se manifestent sous leur forme naturelle ; cela contribue beaucoup à l’impression si heureuse que cause leur vue. Elle fait toujours battre mon cœur de joie, surtout si ce sont des animaux en liberté. L’homme, au contraire, par son vêtement, est devenu une caricature, un monstre ; son aspect, déjà repoussant pour ce motif, l’est plus encore par la pâleur qui ne lui est pas naturelle, comme par toutes les suites répugnantes qu’amènent l’usage contre nature de la viande, les boissons spiritueuses, les excès et les maladies. L’homme se tient là comme une tache dans la nature ! — C’est parce que les Grecs sentaient toute la laideur du vêtement, qu’ils le restreignaient à sa plus juste mesure.

L’angoisse morale occasionne des battements de cœur, et les battements de cœur occasionnent l’angoisse morale. Chagrin, souci, agitation de l’âme ont une action déprimante sur les fonctions de la vie et les rouages de l’organisme, qu’il s’agisse de la circulation du sang, des sécrétions, de la digestion. Des causes physiques paralysent-elles au contraire ou désorganisent-elles d’une façon quelconque ces rouages, qu’il s’agisse du cœur, des intestins, de la veine porte, des vésicules séminales, on voit s’ensuivre les préoccupations, les caprices et les chagrins sans