Page:Schopenhauer - Éthique, Droit et Politique, 1909, trad. Dietrich.djvu/163

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s’irriter, devraient chercher à prendre sur elles de prévenir cette « fureur brève », de façon à n’y plus penser pour le moment. Si, en effet, la chose leur revient à l’esprit une heure après, elle sera loin de leur paraître aussi grave, et bientôt peut-être ils l’envisageront comme insignifiante.

La haine concerne le cœur ; le mépris, la tête. Le « moi » n’a aucun des deux en son pouvoir. Son cœur est immuable et est mû par des motifs, et sa tête juge d’après des règles invariables et des faits objectifs. Le « moi » est simplement l’union de ce cœur avec cette tête.

Haine et mépris sont en antagonisme décidé et s’excluent. Mainte haine n’a même d’autre source que le respect qu’on ressent pour les mérites d’autrui. D’autre part, si l’on voulait haïr tous les misérables coquins, on aurait fort à faire. On peut les haïr à son aise en bloc. Le véritable mépris, qui est l’envers du véritable orgueil, reste absolument secret et ne laisse rien apparaître. Celui qui laisse apparaître son mépris donne en effet déjà par là une marque de quelque estime, en voulant faire savoir à l’autre le peu de cas qu’il fait de lui ; il trahit ainsi de la haine, qui exclut le mépris et l’affecte simplement. Le véritable mépris, au contraire, est la pure conviction du manque de valeur de l’autre ; il est compatible avec les égards et les ménagements, par lesquels on évite, pour son propre repos et pour sa propre sécurité, d’exaspérer celui qu’on méprise ; car tout individu peut vous nuire. Mais que ce pur mépris froid et sincère vienne une fois à se manifester, il y sera répondu par la haine la plus sanglante,