Page:Schopenhauer - Éthique, Droit et Politique, 1909, trad. Dietrich.djvu/164

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vu l’impossibilité où est l’individu méprisé d’y faire la même réponse.

Chaque événement qui nous transporte dans un état d’esprit désagréable, y produira, même s’il est très insignifiant, un contrecoup qui, tant qu’il dure, est préjudiciable à la conception claire et objective des choses et des circonstances. Toutes nos idées en subissent l’action, de même qu’un objet très petit, mis directement sous nos yeux, limite et dénature notre champ visuel.

Ce qui rend les hommes durs de cœur, c’est que chacun croit avoir assez à supporter avec ses propres peines, ou du moins se l’imagine. Aussi un état de bonheur inaccoutumé a-t-il pour effet de développer chez la plupart des êtres humains des sentiments de sympathie et de bienfaisance. Mais un état de bonheur durable, qui a toujours existé, produit souvent l’effet contraire. Il les rend si étrangers à la souffrance, qu’ils ne peuvent plus y prendre part. De là vient que les pauvres se montrent parfois plus secourables que les riches. Ce qui, d’autre part, rend les hommes et curieux, comme nous le voyons à la façon dont ils épient et espionnent les actions des autres, c’est le pôle de la vie opposé à la souffrance, — l’ennui ; quoique l’envie contribue souvent aussi à cette curiosité.

Celui qui veut se rendre compte de ses sentiments sincères envers une personne, n’a qu’à prendre garde à l’impression qu’une lettre de cette personne, arrivée tout à coup par la poste, produit sur lui à première vue.

Il semble parfois que nous voulons et ne voulons pas