Page:Schopenhauer - Éthique, Droit et Politique, 1909, trad. Dietrich.djvu/171

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Ce vers d’Ovide :

Pronaque cum spectent animalia cetera terram[1],


ne s’applique en réalité, au sens physique, qu’aux animaux ; mais, au sens figuré et intellectuel, il s’applique malheureusement aussi à la plupart des hommes. Toutes leurs idées, pensées et aspirations sont tendues vers la jouissance et le bien-être matériels, ou vers l’intérêt personnel, dont la sphère renferme toutes sortes de choses qui ne tirent leur importance que de leurs rapports avec celui-ci ; ils ne s’élèvent pas plus haut. C’est ce que témoignent non seulement leur manière de vivre et leur conversation, mais leur seul aspect, leur physionomie et son expression, leur tournure, leurs gestes. Tout chez eux crie : in terram prona ! Ce n’est donc pas à eux, mais seulement aux natures nobles et bien douées, aux hommes qui pensent et s’interrogent véritablement, qui apparaissent comme des exceptions parmi leur race, que s’appliquent les vers suivants

Os homini sublime dedit, cœlumque tueri
Jussit, et erectos ad sidera tollere vultus[2].

Pourquoi le mot « commun » est-il une expression de mépris ? les mots « non commun », « extraordinaire », « distingué », des expressions d’approbation ?

  1. « Tandis que les autres animaux ont la face courbée vers la terre… »
  2. « …(le fils de Japhet) donna à l’homme un front élevé, lui ordonna de contempler les cieux et de lever ses regards vers les astres ».
    ________Ovide, Métamorphoses, livre I, chapitre ier.