Page:Schopenhauer - Éthique, Droit et Politique, 1909, trad. Dietrich.djvu/37

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la fausseté, de la bassesse et de la méchanceté, tandis que l’intelligence s’entend mieux à les dissimuler. Et que de fois, d’autre part, la perversité du cœur empêche l’homme d’apercevoir des vérités à la hauteur desquelles atteindrait son intelligence !

Cependant, ne nous surfaisons pas, tous tant que nous sommes. Le plus grand génie lui-même est incontestablement limité dans une sphère quelconque de la connaissance, et proclame par là sa parenté avec la race humaine essentiellement pervertie et absurde. Chacun porte en soi, au point de vue moral, quelque chose d’absolument mauvais, et même le meilleur et le plus noble caractère nous surprendra parfois par des traits individuels de bassesse ; il confesse ainsi en quelque sorte sa parenté avec la race humaine, où l’on voit se manifester tous les degrés d’infamie et même de cruauté. Car c’est précisément par ce mauvais côté, par ce principe du mal qu’il porte en lui-même, qu’il a dû devenir un homme. Et, pour cette raison, le monde est exactement ce que l’a montré mon fidèle miroir.

Nonobstant tout cela, la différence entre les hommes reste incalculablement grande, et beaucoup reculeraient d’effroi en voyant les autres tels qu’ils sont eux-mêmes. Oh ! donnez-nous un Asmodée de la moralité, qui rende transparents pour son favori non seulement les toits et les murailles, mais le voile de dissimulation, de fausseté, d’hypocrisie, de grimaces, de mensonges et d’illusion étendu sur toutes choses, et lui