Page:Schopenhauer - Éthique, Droit et Politique, 1909, trad. Dietrich.djvu/38

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fasse voir combien peu de véritable honnêteté on trouve dans le monde, et combien fréquemment, même là où on le soupçonne le moins, derrière tous les extérieurs vertueux, secrètement et au fond le plus reculé, la malhonnêteté est assise au gouvernail ! C’est de là que viennent les amitiés à quatre pattes de tant d’hommes des meilleurs ; car, en vérité, où trouverait-on une consolation contre la dissimulation, la fausseté et la ruse infinies de l’espèce humaine, s’il n’y avait pas de chiens, dont l’honnête figure peut être regardée sans méfiance ?

Notre monde civilisé n’est donc en réalité qu’une grande mascarade. On y trouve des chevaliers, des curés, des soldats, des docteurs, des avocats, des prêtres, des philosophes, et tout le reste ; mais ils ne sont pas ce qu’ils représentent ; ils ne sont que des masques sous lesquels, en règle générale, se cachent des spéculateurs (moneymakers). L’un revêt le masque du droit qu’il a emprunté à son avocat, uniquement pour pouvoir fourrer un autre dedans. Un second a choisi, dans le même but, celui du bien publie et du patriotisme ; un troisième, celui de la religion, de la pureté de la foi. Beaucoup déjà se sont affublés, à toutes sortes de fins, du masque de la philosophie, de la philanthropie, etc. Les femmes ont moins de choix : la plupart emploient le masque de la pureté, de la décence, des occupations domestiques et de la modestie. Il y a aussi des masques généraux, sans caractère particulier, comme qui dirait les dominos que l’on rencontre partout. Parmi eux se rangent la sévère intégrité, la politesse, la sympathie sincère et l’amabilité ricaneuse. Sous tous ces masques se cachent, comme nous venons de le dire, à peu près