Page:Schopenhauer - Éthique, Droit et Politique, 1909, trad. Dietrich.djvu/47

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même inévitable ; seulement, cette situation ne devrait pas exciter sa haine contre l’homme plus fortuné ; et c’est précisément en ceci que consiste l’envie proprement dite. En tout cas, ce qui devrait le moins la provoquer, ce sont les dons de nature, qu’il ne faut pas confondre avec ceux dus au hasard ou à la faveur d’autrui.

Toute chose innée repose sur une base métaphysique, c’est-à-dire a une justification d’espèce supérieure et existe en quelque sorte par la grâce de Dieu. Malheureusement, l’envie agit tout au rebours. Elle pardonne le moins les avantages personnels, et l’intelligence, même le génie, doivent en conséquence implorer d’abord le pardon du monde, quand ils ne sont pas en situation de pouvoir mépriser fièrement et hardiment celui-ci. Quand, notamment, l’envie est excitée seulement par la richesse, le rang ou la puissance, elle est souvent encore atténuée par l’égoïsme. Celui-ci se rend compte qu’on peut espérer de la personne enviée, le cas échéant, secours, plaisir, assistance, protection, avancement, etc., ou que tout au moins, en la fréquentant, un reflet de sa splendeur peut l’honorer lui-même ; et l’on a toujours l’espoir d’acquérir soi-même un jour tous ces biens. Au contraire, pour l’envie qui s’en prend aux dons naturels et aux avantages personnels, tels que la beauté chez les femmes, l’intelligence chez les hommes, il n’y a aucune consolation de cette espèce ni d’espérance de l’autre ; il ne lui reste qu’à haïr amèrement et implacablement les êtres ainsi privilégiés. Son seul désir est donc d’exercer une vengeance sur son objet. Mais ici sa malheureuse situation fait que tous ses coups tombent sans force, dès qu’il apparaît qu’ils