Page:Schopenhauer - Éthique, Droit et Politique, 1909, trad. Dietrich.djvu/48

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sont venus d’elle. Aussi se cache-t-elle non moins soigneusement que les péchés charnels secrets, et invente-t-elle à l’infini des ruses, des pièges et des artifices, de façon à se dissimuler et à atteindre son objet sans être vue. L’envie ignorera de l’air le plus innocent du monde, par exemple, les mérites qui remplissent de rage son cœur, elle ne les verra pas, ne les connaîtra pas, ne les aura jamais remarqués ni n’aura entendu parler d’eux, et se montrera ainsi passée maîtresse en dissimulation. Avec une malice raffinée, elle négligera comme absolument insignifiant l’homme dont les brillantes qualités torturent son cœur, ne s’apercevra pas qu’il existe, l’oubliera complètement. Elle s’efforcera aussi avant tout, par des machinations secrètes, d’enlever à ces mérites toute occasion de se montrer et de se faire connaître. Elle lancera ensuite sur eux, du fond de l’ombre, blâme, moquerie, raillerie et calomnie, semblable en cela au crapaud qui éjacule son venin hors d’un trou. Elle n’en louera pas moins avec enthousiasme des hommes insignifiants, ou des productions médiocres, même mauvaises, dans la même branche de travaux. Bref, elle devient un protée en stratagèmes, de manière à blesser sans se faire voir. Mais à quoi tout cela sert-il ? L’œil exercé ne la reconnaît pas moins. Elle se trahit déjà par sa crainte et sa fuite devant son objet, objet qui reste d’autant plus isolé qu’il est plus brillant : voilà pourquoi les jolies filles n’ont pas d’amies. Elle se trahit par sa haine sans raison, qui à la moindre occasion, souvent même purement imaginaire, éclate en formidable explosion. Quelque étendue d’ailleurs que soit sa famille, on la reconnaît à l’éloge universel de la modestie,