Page:Schwob-Guieysse - Étude sur l’argot français, 1889.djvu/22

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aussi *c’est chiqué (la chute d’é s’est produite dans linvé=†linve). Modifié de nouveau, à cause de la mobilité du suffixe ique, chique est revenu à son origine avec le mot †choque (beau) qui a donné le dérivé †de la choquotte (du beau, du bon). Dans les Petits mystères de Paris (Paris, Desloges, 1844), on trouve au tome II : « C’est un tireur chiqué, c’est un zic de talent. », etc. Le Nouveau catéchisme poissard (Noblet, s. d.) contient l’« Aimable conversation de mam’selle Gotot la Mal-Chiquée ». On a donc dit « être bien ou mal chiqué » comme on dit « être bien ou mal torché ». Torcher signifie « battre ». Il s’est conservé avec ce sens dans l’expression « se donner un coup de torchon ». Rabelais (II, c. 29) écrit : « en frappant torche lorgne dessus le Géant ». Calé, synonyme de chique, a la même origine sémantique. Recaler est l’équivalent de retaper. Caler, dans le jeu de billes, signifie frapper. Le langage du jeu de billes a conservé de même toquer (v. infrà) avec le même sens : « Dern à débute, toquer le preu ». Le calot (bille) est ce qui sert à caler. On reconnaîtra caler dans calotte (soufflet) et dans taloche. Ce dernier mot représente le même passage du c au t que cocanges (coquilles de noix. J. de l’arg. réf.) devenu tocanges dans les Voleurs de Vidocq. La désinence oche trahit l’origine argotique. Bat doit être rattaché à la même série. Battant signifie neuf (J. de l’arg. réf.). L’expression « tout battant neuf » a collé ensemble le terme d’argot et sa traduction comme dans « vieux birbe ». Batif présente bat avec le suffixe iffe (†galiffe, pour gale, etc.) ; il ne faut pas y voir, comme le veut M. Ascoli, le verbe bâtir. Battant neuf correspond exactement à flambant neuf, où flambant signifie beau, superbe. « Battant » a, donc signifié neuf et joli. Bat, formé par apocope, n’a gardé que le second sens. (cf. comme, autor, diam, etc.)

Battre et tromper alternent eux-mêmes. †Du battu, c’est du faux. †Battre comtois, †battre le job (jobard), c’est tromper. (Voir F. Michel.)

Taper signifie aussi tromper, dans le sens spécial d’enjôler pour avoir de l’argent. Le radical de taper a pu se nasaliser (cf. laper et lamper). « Se donner un coup de tampon » est une locution équivalente à « coup de torchon ». Nous l’avons recueillie abrégée sous la forme « coup de tan ».

Estamper signifie à la fois « battre » et « tromper ». Le second sens seul est argotique ; le premier appartient à la vieille langue.

L’expression du toque pour du faux doit sans doute être rattachée à une série semblable. Le mot *toquer, inusité, doublet de toucher signifiait frapper, battre. La filiation synonymique nous en donne la preuve dans †retoquer, synonyme, de †retaper. *Toquer ayant eu le double sens de battre et tromper a laissé toquante (montre qui bat) et du toque (du faux).