Page:Schwob - La Lampe de Psyché, 1906.djvu/42

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Mime x. Si vous doutez que j’aie manié les lourdes rames, regardez mes doigts et mes genoux ; vous les trouverez usés comme d’anciens outils. Je connais chaque herbe de la plaine marine qui est parfois violette et parfois bleue, et j’ai la science de tous les coquillages enroulés. Il y a de ces herbes qui sont douées de notre vie : celles-là ont des yeux transparents comme la gelée, un corps semblable à la tétine de truie, et une multitude de membres minces qui sont aussi des bouches. Et parmi les coquilles trouées, j’en ai vu qui étaient percées plus de mille fois ; et de chaque petite ouverture sortait ou rentrait un pied de chair sur lequel marchait la coquille.