Page:Schwob - La Lampe de Psyché, 1906.djvu/54

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croissant humide de la lune. Le vent qui passe l’Océan nous apportait les parfums de pays épicés. Nos lèvres étaient blanches de sel, et nous regardions luire, à travers l’eau, des animaux transparents et mous, comme des lampes vivantes. L’haleine d’Aphrodite nous entourait.

Et je ne sais pourquoi la Bonne Déesse a endormi Kinné. Elle tomba entre les pavots jaunes des sables, à la lueur rose de l’étoile de l’Aurore. Sa bouche saignait et la lumière de ses yeux s’éteignit. Je vis entre ses paupières la longue ligne noire qui marque la séparation de ceux qui se réjouissent au soleil et de celles qui pleurent près des marécages. Maintenant, Kinné marche seul au bord de l’eau souterraine, et les conques de ses oreilles sont sonores du bruissement des ombres qui volent, et sur la grève infernale se balancent des pavots tristes à tête noire, et l’étoile du ciel obscur de Perséphone n’a pas de soir ni d’aurore ; mais elle est semblable à une fleur d’asphodèle flétrie.