Page:Schwob - La Lampe de Psyché, 1906.djvu/66

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Et des hommes mornes, qui ont cet office, apportèrent dans ma maison deux vases d’argent, où sont les cendres d’Akmé.

Adonis mourut trois fois, et trois fois les femmes se lamentèrent sur les toits. Et cette troisième année, dans la nuit des fêtes, j’eus un songe.

Il me sembla que ma chère Akmé paraissait à mon chevet, étreignant sa poitrine de la main gauche. Elle sortait du royaume des ombres : car son corps était étrangement transparent, si ce n’est à l’endroit du cœur où elle appuyait sa main.

Alors la douleur m’éveilla et je me lamentai comme les femmes qui pleuraient Adonis.

Et les pavots amers du sommeil m’assoupirent de nouveau. Et de nouveau il me sembla que ma chère Akmé, près de mon lit, pressait sa main sur son cœur.

Alors je me lamentai encore et je priai le cruel gardien des songes de la retenir.

Mais elle vint une troisième fois et fit un signe de la tête.

Et je ne sais par quel chemin obscur elle me