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“SCIENTIA„

revanche, si le latin est devenu la langue de tout l’Occident de l’empire romain, il n’a pu se répandre dans les parties orientales de l’empire, bien que la puissance romaine n’y ait pas été moindre qu’en Occident. Pour qu’une langue se généralise, il faut et il suffit qu’elle serve de support à une civilisation. Le latin a pu se répandre partout où il servait à porter la civilisation gréco-romaine ; il n’a guère pénétré là où cette civilisation existait déjà, sous la forme hellénique. L’arabe a été généralisé par la conquête ; mais cette conquête comportait une forme spéciale de civilisation, fondée sur les civilisations araméenne, iranienne et byzantine ; et c’est cette civilisation qui a donné à la langue arabe sa puissance d’expansion ; on le voit aujourd’hui encore, maintenant que l’arabe, malgré la déchéance politique, refoule peu à peu le berbère en Algérie, dans une colonie française, où le français est la langue de l’administration, des chemins de fer et de toutes les affaires importantes. Le russe a une force d’expansion considérable au Caucase, où il est le porteur de la civilisation occidentale ; il n’en a presque aucune dans un vieux pays de civilisation occidentale comme la Pologne. Il est permis de se demander en quelle mesure, malgré l’unification politique et malgré l’école, le turc pourra devenir la langue commune de l’empire turc et déplacer l’arabe, l’albanais, le grec, l’arménien, le judéo-espagnol et les autres idiomes parlés dans l’empire ; le turc n’a pas sur ces langues l’avantage d’apporter une forme supérieure de civilisation ; et pourtant la situation linguistique de l’empire turc est intolérable, et ne saurait persister, maintenant que les communications deviennent courantes et les affaires communes nombreuses.

Les conditions politiques, économiques, religieuses qui déterminent la généralisation d’une langue sont complexes et diverses ; on n’a jamais eu occasion de les examiner en détail, car, pour les expansions qui ont eu lieu dans le passé, on n’a que des données insuffisantes sur le procès de l’extension ; et, pour celles qui ont lieu actuellement, on ne les a pas étudiées en détail. L’un des pays où il serait le plus facile de les observer est la Russie ; car le russe est sans doute l’une des langues qui gagnent le plus à l’époque moderne ; il élimine peu à peu les parlers finnois dans toute la partie de la Russie où, ils subsistent encore (abstraction faite, bien entendu, du finnois proprement dit au Nord, dans la Finlande,