Page:Scribe et Mélesville - La Chatte métamorphosée en femme, 1858.djvu/16

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MINETTE.

Pas dans ce moment… J’entends Guido qui revient.


MARIANNE,

Soyez tranquille… je sais où la cacher… et tout à l’heure je pourrai l’emporter devant lui sans qu’il s’en aperçoive !… (Lui baisant la main.) Ah ! mademoiselle !

(Elle sort par la porte à droite ; en même temps Guido entre par la porte à gauche, et Minette se tient derrière un des rideaux, au fond du théâtre.)


Scène XI.

MINETTE, GUIDO.



GUIDO, se croyant seul.

Au diable les voyages ! J’ai voulu mettre le pied sur le toit ; mais les chemins sont si mauvais !… je me suis trouvé au confluent de deux gouttières. Mais cette pauvre Minette !… où est-elle maintenant ?


MINETTE, venant doucement, et passant sa tête sous le bras de Guido.

Me voici.


GUIDO.

Ah !… Une jolie conduite, mademoiselle ! Fi ! que c’est vilain ! et qui vous ramène près de moi ?


MINETTE.

J’ai voulu te faire mes adieux, avant de te quitter pour toujours.


GUIDO.

Me quitter ! encore !


MINETTE.

Pour ton bonheur ; car je sens bien que je te rendrais malheureux : nos caractères sont si différents.


GUIDO.

Il est sûr qu’il n’y a pas encore compatibilité d’humeurs… mais ça viendra.


MINETTE.

Jamais !… On ne change pas le naturel… Songez donc, monsieur, que j’ai été chatte, que je suis femme, et que ces deux natures-là, combinées, ensemble… c’est terrible ! D’ailleurs, maintenant que j’ai un nouveau maître…


GUIDO.

Comment ! un nouveau maître ?


MINETTE.

Oui, le fils du gouverneur, ce jeune homme à qui Marianne m’a vendue pour trois florins… Il sort d’ici ; je lui ai tout conté.


GUIDO.

Ô ciel ! quelle indiscrétion !


MINETTE

Et il dit qu’il va me réclamer.


GUIDO, vivement.

Peu m’importe ! je plaiderai, s’il le faut, et je gagnerai ! Car enfin, c’est une chatte qu’il a achetée, et lui donner, à la place, une jolie femme, ce serait le tromper.


MINETTE, souriant.

Oh ! je crois qu’il l’aimera tout autant comme cela ! (Voulant sortir.) Je vais le lui demander.


GUIDO, l’arrêtant,

Ah ! c’en est trop ! petit monstre d’ingratitude ! Allez ! votre espèce ne vaut pas mieux que l’espèce humaine.


MINETTE, avec joie.

Comment ? Je ne te semble donc plus jolie à présent.


GUIDO.

Au contraire !… et c’est ce dont j’enrage !… Mais en voyant ces jolis traits… je penserai toujours qu’il y a de la chatte là-dessous… et je vois bien qu’à moins d’un miracle, je serai malheureux toute ma vie… Mais toi aussi… C’est en vain que tu espères rejoindre ce jeune homme… tu resteras ici… malgré toi !


MINETTE, regardant la fenêtre.

Vous savez bien que quand je le veux…


GUIDO.

Oui… mais cette fois, j’y mettrai bon ordre. (Allant lui prendre la main. — Apercevant Marianne qui paraît avec le coffre sous le bras.) Marianne ! Marianne !


Scène XII.

Les Mêmes, MARIANNE.



MARIANNE.

Eh ! bien… Eh ! bien… qu’est-ce donc ?


GUIDO, tenant toujours la main de Minette.

Fermez cette fenêtre. (Montrant celle du fond.) Et dépêchons… quand je l’ordonne.


MARIANNE, posant son coffre sur la table.

Ne vous fâchez pas… on y va !


MINETTE.

Et moi, Marianne, je vous le défends. (Marianne s’arrête sur-le-champ.)

FINALE.

GUIDO, étonné.
Ô ciel ! Elle reste en chemin !
Qu’avez-vous ? Parlez, Marianne…

MINETTE, étendant sa main vers elle.
Je le défends ! jusqu’à demain ;
Au silence, je la condamne.

(Marianne, qui ouvrait la bouche, reste immobile sans prononcer un mot.)


GUIDO.
Dieu ! la voilà muette ! Encore un changement
Plus étonnant