Page:Scudéry - Artamène ou le Grand Cyrus, quatrième partie, 1654.djvu/452

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Cette page n’a pas encore été corrigée


de quoy eſtant allé rendre la viſite à Artelinde, cette artificieuſe Fille, qui l’attendoit avec impatience, & qui s’eſtoit preparée à la recevoir en particulier, en faiſant ſemblant de ſe trouver un peu mal, & en faiſant dire qu’elle n’y eſtoit pas excepté à elle, ne sçeut pas pluſtost qu’elle la demandoit, qu’elle mit ſur ſa Table un Tiroir ouvert, où il y avoit diverſes choſes : & entre pluſieurs Tablettes, il y avoit droit au deſſus une Lettre où il y avoit à la ſubscription, LIGDAMIS A LA BELLE ARTELINDE.

Cependant cette malicieuſe perſonne s’eſtoit retirée dans ſon Cabinet : s’imaginant avec beaucoup de vray-ſemblance, que Cleonice reconnoiſtroit cette eſcriture, & prendoit peut-eſtre cette Lettre. Et en effet, elle ne ſe trompa pas : Car Cleonice ne fut pas pluſtost dans la Chambre, que voyant ce Tiroir ſur la Table, elle s’en aprocha : croyant y aller trouver beaucoup de choſes qui la divertiroient. Mais elle n’eut pas pluſtost jetté les yeux deſſus, qu’elle reconnut le caractere de Ligdamis elle ne l’eut pas pluſtost reconnu, qu’elle prit la Lettre : & elle ne l’eut pas pluſtost priſe, qu’entendant venir Artelinde, qui l’avoit regardée faire par la porte de ſon Cabinet, elle la cacha : & fit ſemblant de brouiller tout ce qui eſtoit dans ce Tiroir, diſant qu’elle cherchoit ſeulement des Vers, ne voulant pas voir ſes Lettres. Artelinde ravie de remarquer ce petit deſguisement de Cleonice, oſta ce Tiroir d’entre ſes mains avec beaucoup d’empreſſement : car enfin, luy dit-elle, inſensible Cleonice, vous reçeuſtes ſi mal