Page:Shakespeare, apocryphes - Œuvres complètes, traduction Hugo, Pagnerre, 1866, tome 1.djvu/101

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.

Saturninus, empereur, monte sur la plate-forme supérieure, accompagné de Tamora, des deux fils de celle-ci, et du More Aaron.

SATURNINUS.

— Non, Titus, non ! L’empereur n’a pas besoin d’elle, — ni d’elle, ni de toi, ni d’aucun de ta race. — Je ne me fierai plus légèrement à qui s’est une fois moqué de moi, — à toi, pas plus qu’à tes fils, ces insolents, ces traîtres, — tous ligués pour m’outrager ainsi ! — N’y avait-il donc à Rome que Saturninus — dont on pût faire un jouet ? Ces actes, Andronicus, — ne s’accordent que trop bien avec ton arrogante assertion — que j’ai mendié l’empire de ta main.


TITUS.

— Oh ! monstrueux ! que signifient ces paroles de reproche ?


SATURNINUS.

— Mais va ton chemin ; va, abandonne cette capricieuse — à celui qui pour elle a fait parade de son épée. — Tu auras un gendre vaillant, — un homme bien fait pour s’associer avec tes fils incorrigibles — et pour mettre le désordre dans la république de Rome.


TITUS.

— Ces paroles sont des rasoirs pour mon cœur blessé !


SATURNINUS.

— Et maintenant, aimable Tamora, reine des Goths, — toi qui, pareille à la majestueuse Phébé au milieu de ses nymphes, — éclipses les plus galantes beautés de Rome, — si tu agrées mon brusque choix, — écoute, Tamora, je te choisis pour femme, — et je veux te créer impératrice de Rome. — Parle, reine des Goths, applaudis-tu à mon choix ? — J’en jure ici par tous tes dieux de Rome, — puisque le prêtre et l’eau sacrée sont si proches, — puisque les flambeaux jettent une clarté si vive et que tout — est prêt pour