Page:Shakespeare, apocryphes - Œuvres complètes, traduction Hugo, Pagnerre, 1866, tome 1.djvu/116

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en jouir. — Que celui qui aurait de moi cette humiliante opinion — sache qu’avec cet or doit être forgé un stratagème — qui, habilement effectué, doit produire — un chef-d’œuvre de scélératesse. — Et sur ce, doux or, repose ici pour l’inquiétude de celui — qui recueillera cette aumône tombée de la cassette de l’impératrice.

Il enfouit le sac d’or au pied de l’arbre qui ombrage le souterrain.
Entre Tamora.

TAMORA.

— Mon aimable Aaron, pourquoi as-tu l’air si morne, — quand toute chose est d’une provocante gaieté ? — Les oiseaux chantent une mélodie sur chaque buisson ; — le serpent enroulé dort au riant soleil ; — les feuilles vertes frissonnent au vent frais, — et font une ombre bigarrée sur le sol. — Sous ce doux ombrage asseyons-nous, Aaron ; — et, tandis que l’écho bavard dépiste les chiens, — répliquant en fausset aux cors harmonieux, — comme si une double chasse se faisait entendre à la fois, — asseyons-nous, et écoutons les bruyants jappements ; — puis, après une mêlée comme celle dont jouirent jadis, — à ce qu’on suppose, Didon et son prince errant, — alors qu’ils furent surpris par un heureux orage — et dissimulés par une discrète caverne, — nous pourrons, enlacés dans les bras l’un de l’autre, — nos passe-temps terminés, goûter un sommeil doré, — tandis que les limiers, et les cors, et les oiseaux doucement mélodieux — seront pour nous comme le chant de la nourrice — qui berce son enfant pour l’endormir.


AARON.

— Madame, si Vénus gouverne vos désirs, — Saturne domine les miens. — Que signifie mon regard sinistre et fixe, — mon silence et ma sombre mélancolie ? — Pourquoi mes cheveux, laineuse toison, maintenant débouclés,