Page:Shakespeare, apocryphes - Œuvres complètes, traduction Hugo, Pagnerre, 1866, tome 1.djvu/120

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LAVINIA.

— À ton tour, Sémiramis ! ou plutôt barbare Tamora ! — Car il n’y a que ton nom qui aille à ta nature.


TAMORA, à un de ses fils.

— Donne-moi ton poignard. Vous allez voir, mes fils, — que la main de votre mère va faire justice à votre mère.


DÉMÉTRIUS.

— Arrêtez, madame. Il lui faut autre chose. — D’abord, battez le blé, et puis brûlez la paille. — Cette mignonne se prévaut de sa chasteté, — de sa foi conjugale, de sa loyauté, — et, avec cette fallacieuse prétention, brave votre majesté. — Faut-il qu’elle emporte tout cela dans la tombe ?


CHIRON.

— S’il en est ainsi, je consens à être eunuque. — Traînons le mari hors d’ici en quelque coin secret, — et faisons de son tronc mort un oreiller à notre luxure.


TAMORA.

— Mais, quand vous aurez goûté le miel que vous désirez, — ne souffrez pas que cette guêpe vive pour nous piquer.


CHIRON.

— Je vous le garantis, madame ; nous prendrons nos précautions… — Venez, ma belle, nous allons jouir, de vive force, — de cette vertu si scrupuleusement préservée par vous.


LAVINIA.

— Ô Tamora ! tu portes un visage de femme !…


TAMORA.

— Je ne veux pas l’entendre : emmenez-la.


LAVINIA.

— Chers seigneurs, suppliez-la de m’écouter ! Rien qu’un mot.


DÉMÉTRIUS.

— Écoutez-la, madame. Faites-vous gloire — de voir ses