Page:Shakespeare, apocryphes - Œuvres complètes, traduction Hugo, Pagnerre, 1866, tome 1.djvu/121

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larmes ; mais qu’elles soient pour votre cœur — comme les gouttes de pluie pour l’insensible roche.


LAVINIA, à Démétrius.

— Quand donc les petits du tigre en ont-ils remontré à leur mère ? — Oh ! ne lui apprends pas la fureur ; c’est elle qui te l’a apprise : — le lait que tu as sucé d’elle s’est changé en marbre ; — tu as puisé ta cruauté à la mamelle… — Pourtant, toutes les mères n’engendrent pas des fils qui leur ressemblent…

À Chiron.

— Supplie-la, toi, de montrer la pitié d’une femme.


CHIRON.

— Quoi ! tu veux que je prouve que je suis un bâtard !


LAVINIA.

— C’est vrai ! Le corbeau n’engendre pas d’alouette. — Pourtant j’ai ouï dire (oh ! puissé-je en avoir la preuve en ce moment !) — que le lion, ému de pitié, s’est laissé — couper ses griffes royales. — On dit que les corbeaux nourrissent les petits abandonnés, — tandis que leurs propres poussins ont faim dans leur nid. — Oh ! quand ton cœur dur dirait non, aie pour moi, — sinon tant de bonté, du moins un peu de pitié !


TAMORA.

— Je ne sais pas ce que cela veut dire : emmenez-la.


LAVINIA.

— Oh ! laisse-moi t’éclairer ! Au nom de mon père, — qui t’a donné la vie, quand il était en son pouvoir de te tuer, — ne sois pas impitoyable, ne reste pas sourde.


TAMORA.

— Quand toi, personnellement, tu ne m’aurais pas offensée, — je serais implacable à cause de ton père même… — Rappelez-vous, enfants, que de larmes j’ai vainement versées — pour sauver votre frère du sacrifice ; — mais le féroce Andronicus n’a pas voulu céder. — Emmenez-la donc,