Page:Shakespeare, apocryphes - Œuvres complètes, traduction Hugo, Pagnerre, 1866, tome 1.djvu/122

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et faites d’elle ce que vous voudrez. — Plus vous lui serez cruels, plus vous serez aimés de moi.


LAVINIA.

— Ô Tamora, mérite le nom de bonne reine, — et tue-moi sur place de ta propre main ; — car ce n’est pas la vie que j’implore depuis si longtemps. — Je suis une pauvre assassinée, depuis que Bassianus est mort.


TAMORA.

— Qu’implores-tu donc ? Femme insensée, lâche-moi.


LAVINIA.

— Ce que j’implore, c’est la mort immédiate, et quelque chose encore — que la pudeur empêche ma langue de dire. — Oh ! sauve-moi de leur luxure pire que la mort, — et jette-moi dans quelque fosse horrible, — où jamais regard humain ne pourra découvrir mon corps. — Fais cela et sois une charitable assassine.


TAMORA.

— Ainsi je volerais à mes chers fils leur salaire ! — Non ! qu’ils assouvissent leur désir sur toi !


DÉMÉTRIUS.

— En marche ! tu nous as retenus ici trop longtemps !


LAVINIA.

— Pas de grâce ! rien d’une femme ! Ah ! monstrueuse créature ! — L’opprobre et l’ennemie de tout notre sexe ! — Que la ruine tombe…


CHIRON, l’entraînant.

— Ah ! je vous fermerai bien la bouche.

À Démétrius.

Toi, amène le mari : — voici le souterrain où Aaron nous a dit de l’enfouir.

Ils jettent le cadavre dans le souterrain.

TAMORA.

— Au revoir, mes fils, assurez-vous bien d’elle.

Démétrius et Chiron sortent, traînant Lavinia.