Page:Shakespeare, apocryphes - Œuvres complètes, traduction Hugo, Pagnerre, 1866, tome 1.djvu/124

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.


MARTIUS, à Quintus.

— Pourquoi ne me prêtes-tu pas main-forte, et ne m’aides-tu pas à sortir — de cette fosse maudite et souillée de sang ?


QUINTUS.

— Je suis saisi d’une frayeur étrange ; — une sueur glacée envahit mes membres tremblants ; — mon cœur soupçonne plus d’horreur que mes yeux n’en peuvent voir.


MARTIUS.

— Pour preuve que ton pressentiment est juste, — Aaron et toi, regardez dans cette caverne, — et voyez l’affreux spectacle de sang et de mort.


QUINTUS.

— Aaron est parti ; et mon cœur ému — ne permet pas à mes yeux de regarder fixement — la chose dont le soupçon seul le fait trembler. — Oh ! dis-moi ce que c’est ; car jamais jusqu’ici — je n’ai eu la puérilité d’avoir peur de je ne sais quoi.


MARTIUS.

— Le seigneur Bassianus est étendu là broyé, — défiguré, pareil à un agneau égorgé, — dans cette horrible fosse ténébreuse et abreuvée de sang.


QUINTUS.

— Si elle est ténébreuse, comment peux-tu reconnaître que c’est lui ?


MARTIUS.

— À son doigt sanglant il porte — une riche escarboucle qui illumine tout le souterrain ; — sorte de flambeau sépulcral — qui éclaire les joues terreuses du mort — et montre les rugueuses entrailles de cette fosse. — Ainsi la lune projetait sa pâle clarté sur Pyrame, — gisant la nuit baigné dans un sang virginal. — Oh ! frère, aide-moi de ta main défaillante, — si la crainte te fait défaillir autant que moi, — aide-