Page:Shakespeare, apocryphes - Œuvres complètes, traduction Hugo, Pagnerre, 1866, tome 1.djvu/130

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heure suffit à noyer les prairies odorantes : — qu’est-ce que des années de larmes vont faire des yeux de ton père ?… — Ne te dérobe pas ; car nous nous lamenterons avec toi. — Oh ! que nos lamentations ne peuvent-elles soulager ta misère !

Ils sortent.

SCÈNE V

[Rome.]
Entrent les Sénateurs, les Juges et les officiers de justice, conduisant au lieu d’exécution Martius et Quintus enchaînés ; Titus marche en avant, suppliant.

TITUS.

— Écoutez-moi, vénérables pères ! nobles tribuns, arrêtez ! — Par pitié pour mon âge, dont la jeunesse fut prodiguée — dans de terribles guerres, tandis que vous dormiez en sécurité, — au nom de tout le sang que j’ai versé dans la grande querelle de Rome, — de toutes les nuits glacées que j’ai veillé, — et de ces larmes amères qu’en ce moment vous voyez — remplir sur mes joues les rides de la vieillesse, — soyez cléments pour mes fils condamnés, — dont les âmes ne sont pas aussi corrompues qu’on le croit ! — Je n’ai pas pleuré sur mes vingt-deux autres fils, — parce qu’ils sont morts dans le lit sublime de l’honneur.

Il se prosterne contre terre tandis que le cortège passe.

— Mais pour ceux-ci, tribuns, pour ceux-ci, j’inscris dans la poussière — avec les tristes sanglots de mon âme le profond désespoir de mon cœur. — Laissez mes larmes étancher la soif de la terre altérée ; — le doux sang de mes fils la ferait rougir en la déshonorant.

Le cortège sort.