Page:Shakespeare, apocryphes - Œuvres complètes, traduction Hugo, Pagnerre, 1866, tome 1.djvu/132

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couvertes de graves draperies, — Rome n’aurait pas de tribun qui les valût. — La pierre est tendre comme la cire, les tribuns sont plus durs que les pierres ! — Une pierre est silencieuse et ne fait pas de mal ; — les tribuns avec une parole condamnent les gens à mort. — Mais pourquoi te tiens-tu ainsi avec ton épée nue ?


LUCIUS.

— C’était pour arracher mes deux frères à la mort : — pour cette tentative, les juges ont prononcé — contre moi une sentence d’éternel bannissement.


TITUS.

— Ô heureux homme ! ils t’ont favorisé ! — Comment ! insensé Lucius, tu ne vois pas — que Rome n’est qu’un repaire de tigres ! — Il faut aux tigres une proie ; et Rome n’a pas d’autre proie à leur offrir — que moi et les miens. Que tu es donc heureux — d’être banni de ces dévorants ! — Mais qui vient ici avec notre frère Marcus ?

Entrent Marcus et Lavinia.

MARCUS.

— Titus, que tes nobles yeux se préparent à pleurer ; — sinon, que ton noble cœur se brise ; — j’apporte à ta vieillesse une accablante douleur !


TITUS.

— Doit-elle m’accabler ? Alors fais-la moi connaître.


MARCUS, montrant Lavinia.

— C’était ta fille !


TITUS.

Mais, Marcus, c’est toujours elle !


LUCIUS.

— Malheur à moi ! ce spectacle me tue.


TITUS.

— Pusillanime enfant, relève-toi, et regarde-la… —